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Adoption d'un mineur isolé malien
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Accueillir un mineur isolé, puis l’adopter : l’histoire de Diane

En 2016, Diane ouvre sa porte à Lamine. Il a 16 ans et demi, il vient du Mali, il ne parle pas français. Elle, infirmière en psychiatrie, mère de quatre fils, femme seule à Nantes. Elle n’a pas réfléchi très longtemps. Son fils Yvan a dit oui en cinq minutes. Lamine est arrivé deux jours plus tard, avec son vélo, sa capuche noire, et tout ce qu’il ne dirait jamais.

Ce que je vous raconte aujourd’hui, c’est ce que Diane m’a confié à mon micro. Pas une success story linéaire. Une histoire avec des silences, un clash au squat, une garde à vue, un procureur qui ne lâche pas. Et au bout de tout ça, une fête d’adoption avec un gâteau marqué « Bienvenue dans notre famille, Lamine », et un garçon qui se demandait si c’était son anniversaire.

Comment une nuit debout change une vie

Diane ne cherchait pas à accueillir quelqu’un. Elle manifestait contre la loi travail à Nantes en 2016 quand elle a rencontré Laurence, bénévole de l’association Gazprom. Laurence lui a mis des mots sur une réalité qu’elle ignorait : des mineurs isolés étrangers à la rue, faute de places dans les structures de l’ASE. « Il y a des lois françaises qui protègent ces gamins », répétait Diane, persuadée que l’État s’en occupait.

Ce soir-là, elle a compris que ce n’était pas le cas. Laurence avait un jeune sur son canapé depuis trois jours. Lamine, malien, 16 ans et demi, exactement l’âge du fils de Diane. La décision s’est prise dans la nuit. Pas après une longue réflexion. Après une conversation avec son fils, un coup de fil à Laurence.

Deux jours plus tard, Lamine était là.

Qui est Lamine quand il pousse la porte ?

Un jeune qui a mis trois ans et demi pour aller du Mali à Nantes. Un an en Libye à faire des travaux de force, le corps musclé d’un adulte et le visage d’un adolescent. La traversée de la Méditerranée. L’Italie. Et enfin Nantes, sans papiers, sans famille, sans français.

Quand il arrive chez Diane, il a appris à ne pas se faire remarquer. Ne pas parler, ne pas demander, ne pas revendiquer. Lamine est, selon ses mots à elle, « transparent ». Il attend qu’on lui serve à manger. Il ne vide pas le frigo seul. Il ne dit pas merci, pas par ingratitude, mais parce que c’est une façon de remercier qu’il n’a pas apprise.

Ce que je trouve frappant dans ce qu’elle me raconte : il va graver son prénom sur les murs de sa chambre. Elle le découvrira un an et demi plus tard. « C’est se poser quelque part », dit-elle simplement.

Deux mondes dans la même maison

Il y a quelque chose de presque comique dans la situation, et Diane le dit elle-même en rigolant. « Le Mali est arrivé à la maison. » Elle, femme autonome, indépendante, qui assume tout financièrement. Lui, élevé dans une culture où les hommes ne s’occupent pas des enfants, où les femmes ne vivent pas comme ça.

Au début, elle est « la dame ». Pas un prénom, pas un rôle identifiable. Juste la dame. Lamine garde le 115 comme plan B. Il navigue entre chez elle et l’hébergement d’urgence municipal, selon les places disponibles. Diane dit qu’elle ne l’attendait pas, ne l’attendait plus, et pourtant, il revenait.

Le lien ne se crée pas dans les conversations. Il se crée dans le jardin, dans les films du dimanche soir, dans les repas partagés sans grand-chose à se dire. « Je ne suis pas pressée, dit-elle. Je n’attends rien. »

Le repas au squat qui fait tout dérailler

Un soir, Lamine rentre sans prévenir. Il est 18h, il s’occupe de son vélo pendant trois quarts d’heure dans le jardin. Diane prépare à manger pour deux. Elle sort, lui dit de venir manger. Il répond : « J’ai déjà mangé au squat. »

Elle monte. Elle lui dit que la maison, c’est pas un hôtel. Qu’on ne débarque pas sans prévenir, qu’on ne mange pas sans rien dire. Il ne répond pas. Le lendemain matin, il n’est plus là. Il est parti au squat. Et il y restera plusieurs mois.

Ce que j’entends dans ce qu’elle me raconte : elle a su que la formule dépassait sa pensée. « Ce n’est pas possible qu’on mange avec ses camarades, d’aller retrouver les siens ». Elle le comprend après coup. Et pendant ces mois où Lamine n’est plus là, elle maintient le fil. Un message ici, un signe là. « Quand il voudra revenir, il pourra. »

La réconciliation se fera autour d’un goûter. Il lui enverra un message : « Excuse-moi d’être parti sans rien dire, mais je ne pouvais pas te le dire en face. »

L’idée d’adoption : une évidence de plus

Quand l’OQTF arrive en 2020, Lamine revient chez Diane. Il n’était pas en sécurité au squat. Elle lui dit : si les gendarmes viennent, tu n’y vas pas, tu reviens ici. Et c’est là qu’une idée s’installe. Lamine fait partie de la famille. Officiellement, non. Dans les faits, depuis longtemps.

Elle lui en parle dans la cuisine, un matin. Il la regarde avec des yeux ronds. « Il pensait que c’était impossible. » Elle lui donne quelques jours. Ses fils biologiques sont consultés. Ivan dit oui sans hésiter : « Pourquoi demander aux autres ? Tu n’as pas demandé à mes frères quand tu m’as conçu. » Les autres aussi disent oui, « c’est pas un sujet », précise Diane.

Ce qui m’a touché dans ce qu’elle m’a confié : même s’il avait dit non, il restait chez elle. L’adoption ne conditionnait rien. Elle officialise quelque chose qui existe déjà.

Quatre ans de combat administratif

Entre la décision et la reconnaissance, il y a quatre ans. Le Covid. La préfecture. Et un procureur convaincu que les papiers de Lamine sont faux, que l’adoption est blanche, que Diane milite pour contourner l’OQTF. Il fait appel de la décision du juge des affaires familiales.

Diane se retrouve convoquée par la gendarmerie pour hébergement illégal d’un sans-papiers, un jeune qu’elle héberge depuis huit ans, dont elle n’a jamais caché l’existence. Elle se présente avec son avocate et un dossier d’attestations de voisins. Sa voisine de 92 ans avait dit : « Il n’a qu’à venir nous voir. »

La cour d’appel de Rennes tranche en sa faveur. Adoption pleine et entière reconnue. Le procureur débouté. « J’étais confiante dans l’issue du truc », dit-elle. Et quand même, elle précise : « J’avais peur qu’on me le prenne. »

Ce que cette histoire m’a appris

Trois choses me restent de ce que Diane m’a raconté.

D’abord, que les décisions les plus lourdes ne sont pas toujours les plus longues à prendre. Lamine est arrivé 48 heures après la première conversation avec Laurence. L’adoption a été proposée après une réflexion qui n’a pas duré très longtemps non plus. Ce n’est pas de l’impulsivité. C’est une forme de clarté.

Ensuite, que faire famille autrement, ça se construit dans les détails ordinaires. Pas dans les grandes déclarations. Dans le jardin, dans les films du dimanche, dans un goûter de réconciliation. Dans un prénom gravé sur un mur de chambre.

Et enfin, que l’amour maternel, tel que Diane le définit, c’est une phrase simple : « Je suis là. Quoi qu’il arrive. » Pas plus. Pas moins.

Se retrouver seule pour mieux s’entendre — le bonus avec Diane

L’épisode bonus poursuit la conversation, mais dans un autre registre. Diane voyage seule depuis 1996. Des mois entiers, avec son sac à dos ou son camion aménagé. La Chine avant son ouverture, Madagascar, l’Inde, l’Écosse. Pas pour fuir. Pour s’extraire du bruit et retrouver le fil de sa propre pensée.

Ce qu’elle dit sur le voyage seul mérite d’être cité presque exactement : on ne peut le faire que si l’on est « de bonne compagnie avec soi-même ». Et que c’est précisément ce que son métier d’infirmière en psychiatrie l’a obligée à développer. Prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres.

Ce que je retiens de ce bonus : voyager seul, c’est aussi apprendre à ne pas tout comprendre, à ne pas tout maîtriser. Exactement ce qu’elle a appliqué avec Lamine.

Quelques repères si ces sujets vous parlent

Si vous êtes concerné par l’accueil de mineurs isolés étrangers, voici ce que Diane mentionne dans l’épisode.

Comprendre le dispositif. Les mineurs isolés étrangers relèvent théoriquement de l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance), quelle que soit leur nationalité. En pratique, le manque de places pousse beaucoup de jeunes à la rue. Des associations comme Gazprom (Nantes) comblent une partie de ce vide.

Devenir famille d’accueil d’urgence. C’est possible sans être assistante familiale agréée, pour des durées courtes. Les associations locales peuvent orienter.

L’adoption de l’adulte. Elle est possible en France. Elle nécessite le consentement de la personne adoptée, et celui des enfants biologiques si l’héritage est modifié. Un avocat spécialisé est recommandé. L’adoption n’empêche pas une OQTF.

Le temps long. Diane l’a dit à plusieurs reprises : c’est la seule façon d’appréhender ces situations. Pas de résultat immédiat attendu, pas de réciprocité exigée.

Écouter les épisodes avec Diane

L’épisode principal avec Diane et l’épisode bonus sont disponibles sur toutes les plateformes d’écoute : Spotify, Apple Podcasts, Deezer, YouTube, et sur lapetitevoix.co.

Si ces histoires vous parlent, parlez-en autour de vous. Le bouche à oreille reste ce qui fait vivre un podcast comme La petite voix.

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