Il y a des gens qui ont besoin de bouger pour penser. Alexandre Dana en fait partie. Sauf qu’il a mis des années à le comprendre. Entrepreneur depuis l’âge de 19 ans, fondateur de LiveMentor, auteur, éditeur, animateur de podcast, Alexandre a tout donné à ses projets. Absolument tout. Au point de s’oublier complètement en chemin. Quand je le reçois dans La petite voix, ce n’est pas une success story lisse qu’il me raconte. C’est l’histoire d’un homme qui s’est retrouvé face à son propre corps et qui n’aimait pas ce qu’il voyait.
Comment devient-on un zombie sans s’en rendre compte ?
Alexandre a arrêté le sport le jour où il a lancé sa première entreprise. Choix assumé, presque logique. Il fallait faire des priorités. Ce qu’il n’avait pas mesuré, c’est le prix de ce choix. Huit à dix heures par jour assis, pas de vacances pendant six ans, vie sociale réduite à rien. « J’étais conscient du choix, pas conscient des conséquences. » Les douleurs cervicales arrivent. La fatigue s’installe. La créativité disparaît. Sa copine l’appelle le « sans-cou ». Il ne fait pas le lien. Ou plutôt, il refuse de le faire.
Qu’est-ce qui fait qu’on reste malgré tout ?
Ce n’est pas de l’inconscience. C’est quelque chose de plus subtil. Alexandre me parle du réflexe du joueur de casino qui continue de miser parce qu’il a déjà trop perdu pour s’en aller. Il avait passé tellement d’années à investir sur ce projet qu’il ne pouvait pas imaginer lâcher. La peur du vide, aussi. Il n’avait jamais travaillé pour quelqu’un d’autre. Son projet, c’était son identité. Alors il continue. Il s’use. Il tient parce que la passion tient, pas parce que ça va bien.
Quand le corps dit stop
Le Covid arrive. Le confinement force ce que rien d’autre n’avait réussi à faire : le mettre face à lui-même. « Je touche vraiment le fond durant le premier confinement. Je suis face à mon corps et je me rends compte que ça ne va pas. »
La scène qui reste, c’est celle sur une plage avec son petit frère qui lui propose un sprint. Alexandre est loin derrière. Très loin derrière. C’est là que quelque chose se fissure. Pas une révélation spectaculaire. Une évidence qui ne peut plus être ignorée.
Le Père Lachaise comme bureau préféré
À la sortie du confinement, Alexandre commence à changer. Pas tout d’un coup. Par petites décisions.
La première : supprimer tous les déjeuners professionnels pour se garder un espace du midi rien que pour lui.
La deuxième : les réunions en marchant. Les bureaux de LiveMentor sont à côté du Père Lachaise. Un jour, il voit des gens entrer par l’entrée secondaire. Il les suit. Au bout de dix minutes, plus aucune voiture. Les oiseaux. Le dénivelé. « C’est un paradis absolu. » Ce cimetière devient son bureau préféré. Il y emmène son équipe, ses contacts, ses candidats. Certains refusent. Il fait les appels en marchant quand même.
Quand le corps nourrit l’esprit. Et inversement
Ce qui me frappe quand j’écoute Alexandre, c’est que la marche n’est pas qu’une affaire de santé physique. C’est une façon de penser différemment. « On a véritablement nos meilleures idées quand on marche. »
Il en est convaincu : le développement de LiveMentor ces dernières années, le rachat de la maison d’édition 23h59, ses autres projets… rien de tout ça n’aurait été possible s’il était resté aussi sédentaire. Corps et esprit ne sont pas séparables. Pour Alexandre, c’est une évidence que le système de santé met trop de temps à intégrer. « Ça tue des vies, je ne sais pas comment le dire autrement. »
Par où commencer quand on ne sait pas par quel bout s’y prendre
Dans le deuxième épisode, Alexandre passe aux choses concrètes. Et la première chose qu’il dit remet les pendules à l’heure : on peut être sportif et sédentaire.
Faire deux séances de sport par semaine mais rester huit heures par jour assis, c’est toujours un problème. Ce qu’il faut prioriser, c’est le mouvement au quotidien, ce que les chercheurs appellent les NEAT, toutes les formes d’activité physique qui ne sont pas du sport. Marcher, bricoler, jardiner, faire ses courses à pied. Ce sont ces gestes-là qui changent la donne, parce qu’ils s’accumulent sur toute la journée.
Quelques pistes concrètes qu’il partage :
Transformer les réunions
Proposer de les faire en marchant. Pas besoin que tout le monde accepte. Ceux qui refusent de se déplacer, on les appelle avec des écouteurs en marchant de son côté. Pour noter, un carnet et un stylo suffisent. Il existe aussi des applications qui transcrivent les appels automatiquement.
Revoir son mobilier de travail
Un siège ballon remplace avantageusement une chaise classique : il engage le corps, sollicite l’équilibre. Un bureau assis-debout permet d’alterner les positions. Un pédalier placé sous le bureau permet de bouger en travaillant. Ce ne sont pas des gadgets. Ce sont des façons de mettre le corps en mouvement sans avoir à « trouver le temps » de bouger.
Protéger le milieu de la journée
Le déjeuner professionnel, c’est une tradition française. C’est aussi une heure de plus en position assise. Alexandre a supprimé les siens pour se garder ce temps pour bouger, lire, ou simplement se retrouver seul.
Commencer petit
Pas besoin d’un programme. Pas besoin d’être sportif. « Il faut commencer par des petits pas. Ça vient après, ça fait un effet boule de neige. » Une sortie appelle une autre. Les bénéfices se font sentir rapidement. Et une fois qu’on a goûté au brouillard mental qui se dissipe après une marche, il est difficile de faire marche arrière.
Ce que ces épisodes m’ont appris
Quand je parle à Alexandre, je me reconnais dans certaines choses, moi qui marche autant que je respire (enfin j’aimerais !), j’avais quand même des choses à entendre là-dedans. Ce qui me reste, c’est surtout ça : le corps n’est pas un accessoire qu’on peut mettre en veille le temps que les choses importantes se règlent. C’est la base. Et si la base s’effondre, le reste suit. Alexandre ne le dit pas comme un conseil de développement personnel. Il le dit comme quelqu’un qui l’a appris dans sa chair, sur une plage, derrière son petit frère.
Écouter les épisodes avec Alexandre Dana
Ces deux épisodes sont disponibles sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer, YouTube et sur lapetitevoix.co.
Le premier raconte le parcours d’Alexandre : comment il s’est oublié, et comment il s’est retrouvé.
Le second passe aux choses pratiques : comment se mettre en mouvement au quotidien, même quand on est épuisé, même quand on n’a pas le temps, même quand on n’est pas sportif.
Deux épisodes qui se suivent naturellement, et qui donnent envie d’aller marcher.
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