Il y a des gens qui savent très tôt ce qu’ils veulent faire. Hémelyne est de ceux-là. Enfant, elle animait des émissions imaginaires dans sa chambre avec un magnétophone. Elle qui ne parlait pas en public avant l’âge de 4 ans allait passer 20 ans derrière un micro.
Mais aimer un métier ne protège pas de ses zones d’ombre. La radio, c’est aussi un milieu dur, parfois brutal, où les licenciements tombent comme des couperets et où l’hypersensibilité ne fait pas bon ménage avec la compétition.
Dans cet épisode de La petite voix, Hémelyne me raconte ce parcours de vie singulier : la passion intacte, la dépression traversée en silence, et ce moment précis où une annonce reçue par SMS va tout rebattre. Non pas en la poussant vers autre chose, mais en lui révélant que son métier pouvait exister autrement.
Une petite fille qui ne parlait pas, et pourtant
Hémelyne souffrait de mutisme sélectif à l’école maternelle. Elle comprenait tout, répondait à la maison, mais en public les mots ne sortaient pas. Ce que personne autour d’elle ne nommait encore, elle l’a découvert bien plus tard : l’hypersensibilité.
Pourtant, c’est cette même petite fille qui embêtait ses camarades pour monter dans sa chambre enregistrer des émissions sur Radio-Dio, sa station imaginaire. La radio s’est imposée à elle bien avant qu’elle sache que c’était un métier.
Le déclic vient à 18 ans, au CIDJ, quand un livre tombe d’une étagère. Littéralement. C’est le Guide des métiers de la radio. Elle l’ouvre, tombe sur le nom d’une école, et quelque chose s’allume. Ce terme qu’elle utilise plusieurs fois dans l’épisode dit tout : pas une décision raisonnée, une lumière.
Comment survivre dans un milieu qui vous aime et vous abîme à la fois
Hémelyne commence à Oui FM à 19 ans, seule fille dans une équipe de huit hommes. Elle y restera cinq ans, jusqu’à ce qu’un directeur d’antenne lui annonce son départ à la machine à café, en décembre, devant tout le monde.
Ce que cet épisode donne à entendre, c’est l’ambivalence permanente de ce milieu. Les équipes soudées, les fous rires, les vacances ensemble d’un côté. De l’autre, les directions qui changent, les consultants recrutés pour faire le ménage, les contrats mensuels renouvelés sans garantie.
C’est cette tension constante entre ombre et lumière qui finit par provoquer une dépression de trois ans chez Hémelyne. Une dépression qu’elle traverse en continuant à travailler, en donnant le change à l’antenne, sans que personne ne sache vraiment ce qui se passe.
Trouver sa voie quand on ne sait plus pourquoi on reste
La dépression passe. Hémelyne reste sur Radio Latina, où elle animera sa propre tranche horaire pendant 12 ans. Mais la question du sens ne la quitte pas. Elle s’inscrit à une formation en sophrologie, moins par conviction que par curiosité, en se disant que c’est peut-être une porte de sortie.
La formation ne la convainc pas. Mais elle lui donne une légitimité inattendue : quand une amie lui envoie une annonce pour une radio 100% positive en cours de création, la formation en bien-être devient le fil conducteur de sa candidature.
Ce moment illustre quelque chose de récurrent dans les récits de vie qu’on explore dans La petite voix : les chemins qu’on prend pour de mauvaises raisons mènent parfois exactement là où on devait aller.
Quand la petite voix revient toquer trois fois
Hémelyne n’a pas cherché Airzen Radio. C’est Airzen Radio qui est revenu la chercher, à plusieurs reprises, par des biais complètement différents, en l’espace d’une semaine.
Elle le dit elle-même : à un moment, c’est quand même bizarre. Ça revient toquer à la porte.
Ce type de synchronicité revient souvent dans les histoires qu’on me raconte dans le podcast. Non pas comme une preuve de destin ou de magie, mais comme un signal que quelque chose mérite attention. Hémelyne choisit de ne pas l’ignorer. Elle contacte Frédéric Courtine, l’un des fondateurs, sans vraiment savoir pourquoi, en se disant qu’elle veut juste comprendre le projet.
Comment savoir si on est au bon endroit
Avant de postuler, Hémelyne vérifie. Elle a besoin de savoir qui sont ces gens, ce qu’ils croient vraiment, si leur projet est cohérent avec les valeurs qu’ils affichent.
C’est une question de confiance en soi autant que de discernement : elle sait ce qu’elle ne veut plus. Un projet positif porté par des gens qui ne le sont pas, ça ne l’intéresse pas.
Ce qu’elle découvre en rejoignant l’équipe, c’est qu’elle se retrouve pour la première fois dans un environnement où la sensibilité n’est pas un problème. Où elle peut être hypersensible, avoir un trouble anxieux, tendre le micro à des inconnus avec la voix qui tremble à l’intérieur, et continuer quand même.
Le jour où elle a décidé de ne plus faire semblant
Avant de rejoindre Airzen, il y a encore un dernier épisode dans son job précédent. Les locaux déménagent à une heure et demie de chez elle. La direction veut la forcer à y aller. Elle y va une fois, ouvre la porte du studio, et fait une crise d’angoisse.
Cette fois, elle ne la cache pas. Elle pleure, elle crie, elle met son casque. On l’empêche de prendre l’antenne.
Ce moment est peut-être l’un des plus forts de l’épisode. Non pas parce qu’il est spectaculaire, mais parce qu’Hémelyne y voit une forme de libération. Elle n’a plus envie de faire semblant. Ce n’est pas un effondrement, c’est une limite qu’elle pose. Enfin.
Cinq ans après, ce à quoi ça ressemble de trouver sa place
Hémelyne est chez Airzen depuis cinq ans aujourd’hui. Elle y est journaliste de terrain, elle part en immersion avec son micro, elle donne la parole à des gens qu’on n’entend nulle part ailleurs.
Elle ne dit pas qu’elle est heureuse. Elle dit qu’elle est plus légère. Qu’il y a des instants joyeux. Qu’elle travaille encore sur cette hypervigilance qui vient commenter les bons moments en annonçant le pire.
C’est une conclusion honnête, et c’est pour ça qu’elle vaut quelque chose. Pas de transformation spectaculaire, pas d’épilogue en majuscules. Une femme qui a trouvé le bon endroit pour exercer ce qu’elle aime, et qui continue à se construire dedans.
Ce que cet épisode m’a appris
Ce qui m’a frappée dans cet échange, c’est à quel point Hémelyne n’a jamais vraiment voulu changer de vie. Elle voulait exercer son métier dans de meilleures conditions. Trouver sa voie, pour elle, ce n’était pas recommencer à zéro. C’était trouver le bon endroit.
Deuxième chose : la formation en sophrologie qu’elle n’a pas terminée et qui ne l’a pas convaincue lui a quand même servi de pont. Pas comme prévu. Différemment. C’est souvent comme ça que ça fonctionne.
Et enfin, la question de la sensibilité. Hémelyne a passé des années à essayer de s’endurcir, convaincue que l’hypersensibilité était un défaut à corriger. Ce n’est qu’en trouvant un environnement qui la considère autrement qu’elle a pu cesser de la combattre.
Trois choses concrètes qu’on peut retenir de son parcours
- Vérifier la cohérence des gens avant de s’engager
Hémelyne ne postule pas à Airzen Radio sans avoir d’abord cherché à comprendre qui sont les fondateurs. Elle a besoin de savoir si les valeurs affichées correspondent à une réalité. Cette étape de vérification, qu’elle décrit comme une enquête, lui a permis de s’engager avec confiance plutôt que par défaut.
- Accueillir les signaux répétés sans les sur-interpréter
Quand Airzen Radio revient trois fois en une semaine par des biais différents, Hémelyne ne se dit pas que c’est un signe du destin. Elle se dit que c’est quand même bizarre. C’est suffisant pour décider de creuser. Ni trop, ni trop peu.
- Arrêter de faire semblant même quand c’est inconfortable
La crise d’angoisse dans les nouveaux studios aurait pu se passer comme les précédentes : en silence, à la maison, sans que personne ne sache. Cette fois-là, Hémelyne laisse faire. Ce moment de lâcher prise, même douloureux, est ce qui lui permet de poser une limite claire et de passer à autre chose.
Écouter cet épisode
L’épisode avec Hémelyne est disponible sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer, YouTube et lapetitevoix.co.
Si vous traversez une période où vous aimez ce que vous faites mais plus l’endroit où vous le faites, cet épisode pourrait vous parler. Hémelyne y parle avec une sincérité rare, et une lucidité sur elle-même qui rend le récit à la fois douloureux et lumineux.
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